Charlotte Charbonnel
Cryptide
Les balcons de l’abbaye – Sain-Bel et Savigny
Chemin du Basset
Quand Charlotte Charbonnel découvre l’espace qui lui est proposé par Les Murmures du temps, l’été bat son plein, la chaleur est étouffante, pas une trace d’ombre ne vient atténuer l’impression de chape brûlante qui tombe sur l’aride chemin du Basset. L’artiste décrit un véritable instant inaugural, duquel surgissent ensuite les idées qui viendront façonner l’œuvre vouée à prendre place ici. Là une arche en pierre dorée, ruine du passé, ici une ammonite, trace d’un passé encore plus lointain. Son imagination est en ébullition, le circuit des Balcons de l’abbaye accueillera une sculpture zoomorphe, inspirée du passé mais évoquant un avenir indéfini.
Coutumière de la création in situ, Charlotte Charbonnel est à l’aise dans cet exercice. Elle aime entamer des recherches sur un site, sur son histoire, son contexte, son environnement ; elle aime utiliser différents médiums, de la sculpture à la vidéo, pour travailler avec la plus grande liberté sur sa proposition. Après authentification auprès du géologue Frédéric Gaudry, l’ammonite qu’elle a trouvée sur le chemin s’est révélée être un coroniceras datant du sinémurien, au jurassique inférieur il y à peu près 198 millions d’années. Les chiffres sont vertigineux, ils évoquent des temps immémoriaux pendant lesquels le parcours était enseveli sous la mer : ce qui signifie que des animaux marins peuvent tout à fait ressurgir sous forme de fossiles… Et c’est précisément ce qui a guidé son idée : « j’ai voulu partir du prisme temporel en proposant une forme un peu futuriste, quelque chose qui fasse penser à la coquille, tout en pouvant évoquer un instrument de musique, un pavillon, une corne ! Que l’ammonite de départ puisse être évoquée sans être illustrée. ».
Intégrée au paysage, la forme en spirale de la sculpture surgit comme lors d’une fouille archéologique. Fabriquée avec David Onatsky de l’Atelier DOP, Cryptide est constituée d’environ 1400 écailles en acier galvanisé, ce qui a pour effet de moduler sa perception selon la météo et la lumière qui la caresse. Visible au travers des écailles, la structure est amenée à s’éroder avec le temps, à accueillir de la végétation ou même des nids d’animaux. Un élément essentiel pour l’artiste, qui voit cet animal inventé comme le départ d’une passionnante géomythologie. « J’aimerais qu’on essaie d’inventer une légende autour de Cryptide, de déterminer de quel futur elle peut venir, d’imaginer par exemple le cri qu’aurait pu faire ce mollusque »… Un travail d’imagination continuée qui fera l’objet d’ateliers, élaborés autour de collages, de planches, de coquillages, de crustacés, d’ammonites, de fossiles, autant d’éléments qui permettront d’inventer une forme chimérique pour mieux faire murmurer le temps, d’hier à demain.
LE CONTEXTE PATRIMONIAL
Sur ce secteur, se découvre un panorama avec différents points de vue sur les espaces du Pays de L’Arbresle. Le territoire est structuré par deux reliefs séparés par la vallée de la Brévenne.
À l’Est, on distingue notamment les Monts du Lyonnais dont une partie est classée Espace Naturel Sensible : un environnement de moyenne montagne, sur le rebord du Massif central.
À l’Ouest de la Brévenne, les monts de Tarare sont dominés par les hauteurs boisées. La main de l’homme, plus ou moins prégnante, se perçoit dans le moindre décor. La place du sauvage reste finalement marginale, la majeure partie des espaces étant domestiquée.
L’ARTISTE
Née en 1980, Charlotte Charbonnel vit et travaille à Paris.
Elle est diplômée de l’École Supérieure des Beaux-Arts de Tours en 2004 et de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, secteur Art/ Espace, en 2008. Elle est également nommée Woman to Watch par le National Museum of Women in the Arts de Washington en 2018.
Intéressée par l’énergie contenue dans la matière, elle sonde notre environnement pour en révéler les forces naturelles et nous faire ressentir les flux.
À l’écoute du monde, elle explore et transmet la vibration acoustique des lieux qu’elle investit. Sa pratique pluridisciplinaire est liée à l’espace et se nourrit des sciences, de collaborations et d’enquêtes dans différents domaines et disciplines.
crédits photos : Arnaud Robin et Lionel Rault