Thierry Boutonnier

Le verger des maturités

 

Œuvre arboricole et collective – 2025

Circuit Les balcons de l’abbaye – Sain-Bel / Savigny

Chemin des places

 

L’œuvre

Artiste oui, artiste de la terre largement. Thierry Boutonnier œuvre dans un champ qui l’engage : son activité artistique se construit main dans la main avec les autres et notre nature, elle existe pour faire naître des prises de conscience. « La responsabilité de l’artiste est d’aider à changer nos représentations. » Ainsi, l’art arboricole consiste à œuvrer avec, et non contre les arbres.

Thierry Boutonnier qualifie les crises écologiques de « crises culturelles, héritées d’une histoire de la violence liée au défrichage depuis plus de 7000 ans ». À son échelle, il souhaite participer à boucler ce cycle infernal de la maîtrise du sauvage : « il est temps de faire la paix ! »

 

Non sans humour et pertinence, l’artiste a entrepris de créer un véritable verger, un exemple d’agroforesterie retrouvée sur des terres longtemps dévouées à la monoculture. Pays de la cerise (notamment la fameuse Burlat), les parcelles qui lui ont été confiées se sont vues arpentées par son pas décidé et rêveur.

Sur sa route, Thierry Boutonnier a ouvert le dialogue avec les passants, les agriculteurs.trices, arboriculteurs.trices et éleveurs.euses, il a recueilli les silences, les histoires, les détresses, les inquiétudes et les savoir-faire. C’est en compagnie des enfants de l’école des Sources et de l’école Saint-Martin à Savigny qu’il a commencé à développer ce verger des maturités, en plantant des boutures et des jeunes plants d’arbrisseaux. La maturité à l’œuvre ici, c’est celle de l’Homme, tenu de réfléchir à son environnement s’il ne souhaite pas le voir dépérir, celle des enfants, qui sont les premiers à sensibiliser sur la question, et enfin celle des fruits, qui peuvent être accompagnés à leur maturité idéale par une bonne gestion de l’eau.

 

Enjeu de taille, l’eau fait la sève et la raison d’être de l’élément central de cette œuvre installée sur le circuit des Balcons de l’abbaye : l’impluvium. Dans le contexte du dérèglement climatique et d’une crise d’extinction massive de la biodiversité, l’artiste a pensé une œuvre qui recueille et tisse une relation à l’eau pluviale. Installé dans une ancienne pâture un peu boisée, cette curieuse structure architecturale offre la possibilité de voir et d’être vue. L’eau récoltée descend dans la structure tressée, qui met en scène deux cours d’eau : l’un qui va dans une horloge à eau, l’autre qui va nourrir un dauphin desservant une auge dans un tronc à destination des oiseaux. Prenant son temps, au rythme des saisons, un cycle vertueux se met ainsi en place.

Thierry Boutonnier évoque « un renversement du regard » car, sur la toiture, mise en œuvre avec les élèves de l’école de la Giraudière, a été construit une sorte de belvédère, où il s’agit plutôt de regarder ce qui s’écoule en son centre que les alentours. « Par temps de pluie, c’est amusant de voir l’eau s’abîmer et chanter dans ces conduits. » Avec une joie sans insouciance et un optimisme sans illusions, le verger des maturités nous invite à penser nos priorités, il s’impose comme « une œuvre complexe, mais qui peut être vécue et perçue d’une manière assez simple » : une réussite et une belle occasion de déployer des sujets essentiels, pour tous et en tout temps.

 

Le contexte patrimonial 

L’arboriculture est, avec la viticulture et l’élevage, l’une des principales activités agricoles du pays. On compte plus de quatre cents hectares de vergers sur tout le territoire, plantés entre 300 et 700 mètres d’altitude, sur des terrains sains et bien drainés des coteaux. Parmi ces productions arboricoles, la plus renommée est la cerise dite de Bessenay qui a fait sa réputation bien au-delà du Pays de L’Arbresle. Les différences d’altitude et d’exposition permettent aux arboriculteurs de cultiver un grand nombre de variétés et d’échelonner leur production de fin mai à la fin juillet. La région de Bessenay compte aujourd’hui plusieurs centaines d’exploitations qui produisent quelque trois mille tonnes de cerises par an, soit 8 % de la production française. Les cerises s’exportent également à l’international.