Ugo Schiavi

Mémoire fossile

Circuit « D’or et de vin » – Saint Germain Nuelles

Parking de l’église de Saint Germain

Artiste plasticien vivant à Marseille et ayant pour coutume de travailler en volume, Ugo Schiavi n’en est pas à sa première œuvre créée pour prendre place dans l’espace public. S’il a conscience de la responsabilité qui lui incombe quand il propose une œuvre ayant vocation à rester longtemps (des années ou même des décennies) à la vue des passants, il ne s’en effarouche pas pour autant. En 2024, il faisait partie des artistes choisis pour représenter l’art d’aujourd’hui lors des Jeux Olympiques de Paris, installant une création longue de 150 mètres et constituée de dizaines de silhouettes sculptées au Village Olympique à Saint-Denis.

La sculpture pensée pour « Les Murmures du Temps » se présente quant à elle sous la forme d’une immense main tenant une pierre. La main prise pour modèle est celle de l’une des tailleuses de pierre de l’association des Carrières de Glay, elle s’inscrit ainsi dans le territoire abritant l’œuvre en même temps qu’elle fait écho à la question plus générale de la mémoire et de l’empreinte, deux thématiques qui fascinent l’artiste. Traces du passé et mystère de ce que l’on offrira à l’avenir font l’essence de sa pensée, lui qui apprécie travailler la monumentalité pour mieux « exhumer une mythologie du futur, un récit composé de fragments poétiques de la réalité passée et présente ». L’entremêlement des époques souffle le même air que celui des parcours imaginé au Pays de L’Arbresle, et cette main de pierre agrippée dit toute la tension s’exprimant au fil du temps entre l’Homme et la nature.

Ce « geste fort de préhension, geste primitif archaïque » reste pour autant ouvert à différentes interprétations : « ça peut être un jet de pierre, quelque chose plus de l’ordre de la résistance, de la manifestation ». Ugo Schiavi sait la force de l’imagination du visiteur qui se greffe aux idées qu’il aura au préalable incarnées. Pour donner forme à cette Mémoire fossile, que l’on trouve lors du circuit « D’or et de vin », sur le parking de l’église de Saint Germain Nuelles, le plasticien a utilisé une pierre à la délicate teinte dorée à même de rappeler la pierre dorée extraite jusqu’en 1947 (et pendant 500 ans) dans les Carrières de Glay. Caractéristique de ce territoire, elle apporte sa couleur et sa force à une sculpture dont l’ambivalence est entièrement assumée : « est-ce la main qui tient la pierre ou la pierre qui se transforme en main ? »

L’espace de doute et de flottement plaît à Ugo Schiavi. Utilisant pour la production de l’œuvre des moyens on ne peut plus modernes (technologie 3D pour scanner la main de son modèle, imposante machine pour tailler à même la pierre), il a pris soin de la retravailler pour accentuer son apparente usure, mimant l’érosion que seul le passage du temps obtient naturellement. En soulignant l’aspect fossile de la sculpture, il suggère à la fois donc « l’idée d’une emprise de l’Homme sur la nature » et un « retour à la nature avec la main qui redevient pierre ». Ce faisant, il boucle la boucle sans atténuer le mystère, ouvrant la voie à la réflexion et nous invitant à poursuivre avec lui ses réflexions concernant l’empreinte de l’humain sur son environnement à travers les âges.

 

Le contexte patrimonial :

À Saint-Germain-Nuelles, les constructions se caractérisent par l’utilisation de la pierre jaune, dite “dorée”. Celle-ci provenait essentiellement des carrières de Glay, situées au nord de la commune, qui furent exploitées pendant plus de 500 ans. Petit à petit, la production de pierre jaune s’est essoufflée, concurrencée par celles ayant accès à la voie fluviale ou ferroviaire. L’activité des carrières s’est alors arrêtée en 1947. Les savoirs-faire, l’architecture et les méthodes de construction liés à cette pierre jaune ont progressivement disparu. Aujourd’hui tout de même, le savoir-faire de la taille de pierre est entretenu par l’Association Les Carrières de Glay qui participe à la valorisation du site de Glay. Comme sur beaucoup de territoires au XXe siècle, le béton s’est imposé dans les constructions et a remplacé rapidement la pierre ancestrale.